A Bout Portant

Périmètre de proximité

Le Purple Rain touareg

Sorti en 2015 via le label Sahel Sounds, la b.o du film « Akounak Tedalat Taha Tazoughai » par Mdou Moctar est une version blues touareg de la musique de « Purple Rain ». Le film pour lequel cette bande a était composé se veut une version made in Niger du long-métrage américain mais renvoie aussi à « The Harder They Come » avec Jimmy Cliff.  L’histoire raconte l’expérience de Mdou Moctar en quête de succès dans la ville d’Agadez.

 

Un disque, une bd et un film de 2015

Les sirènes de Seattle étaient de retour en 2015, avec un nouvel album légèrement moins réussi que le précédent mais tout de même séduisant et efficace. Toujours épanouie dans ce « surf-noir », La Luz fait preuve de cohérence par rapport à son précédent opus sans pour autant trop se répéter.

Dessinateur (et parfois scénariste) de bande-dessiné, Nicolas Moog co-signe avec Arnaud Le Gouëfflec « Face B », portraits de musicien(ne)s et groupes hors-normes, tel que le percussionniste et compositeur aveugle Moondog, le jazz-man extra-terrestre Sun Ra, la mélancolique Nico, le folkeux (très) tourmenté Daniel Johnston, ou encore le couple passionné (de musique) Lux Interior et Poison Ivy (The Cramps), pour ne citer que ceux-là. Les différentes histoires savent se faire à la fois précises, synthétiques, émouvantes et parfois même drôles !  Probablement une des meilleures « bd musicale » de l’année passée.

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Enfin, si je ne devais recommander qu’un seul film sorti en France en 2015 (bien que j’ai beaucoup apprécié « It Follows ») ça serait « Les chansons que mes frères m’ont apprises » de Chloé Zhao. Cette réalisatrice chinoise expatriée aux Etats-Unis depuis quelques années a réalisé ce film dans une réserve de natif-américains de Pine Ridge dans le Dakota du Sud. La majorité des acteurs et actrices sont non-professionnels, et l’histoire s’inspire en partie de ce que certains protagonistes vivaient réellement au moment du tournage.  Un film magnifique, ne serait-ce que par ses paysages et la manière dont il sont filmés qui rappelle  les plus belles œuvres de Terrence Malick. Un film qui sonde avec justesse le poids des liens de sang, la préservation difficile d’une culture mise au placard par le colonialisme et le monde moderne, les ravages de l’alcool chez les « indiens » d’Amérique du nord ou l’attachement à un lieu et à ceux qui y vivent.

LES CHANSONS QUE MES FRERES M ONT APPRISES

Bilal & Adrian Younge – Sirens II // Brownswood Basement Session

Bernard Herrmann : un portrait du compositeur

Scorsese : « Sa musique est comme un tourbillon qui va de plus en plus profond… »

Hommage à Philippe Seymour Hoffman 1967-2014

Blind Test | Musiques de films avec François Guérif

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Les amateurs de romans criminels connaissent surement François Guérif pour son travail de directeur de la collection Rivages/Noir, c’est grâce à lui qu’on doit la découverte en France, de James Ellroy, Edward Bunker ou Denis Lehane. Mais c’est aussi un érudit et passionné de cinéma, auteur de biographies sur Robert Mitchum ou Paul Newman. À l’occasion du 4ème festival des littératures policières 2012, François Guérif a accepté de passer l’épreuve du blind-test, au programme, une sélection musiques de films noirs …

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Henry Mancini – Touch Of Evil – Main Title

FG: Non … je ne suis pas très bon sur les blind-test, je reconnais l’atmosphère, je sais que je connais le film…

HM : C’est « La Soif Du Mal » d’Orson Welles …

FG : C’est intéressant « La Soif du Mal », c’est typique de l’histoire hollywoodienne, c’est un roman assez moyen de Whit Masterson mais qui n’est pas un roman nul, contrairement à ce qu’on a dit, c’est une commande, c’est Charlton Heston qui l’amène à Orson Welles, c’est une mésentente complète entre le producteur (qui ne comprend rien à ce qui passe) et Orson Welles, c’est un film qui est sorti mutilé et c’est un film qui est reconnu comme un des grands films noirs et un des grands classiques du genre. Pour le 50ème anniversaire de la sortie du film, je crois que la Universal a sorti un coffret dvd avec trois versions du film (ils n’ont vraiment pas honte), c’est à dire que il y a la première version, une version intermédiaire et la version que voulait Welles. Si je me souviens bien, cette musique est celle du début avec ce plan absolument fabuleux qui franchit la frontière entre le Mexique et les États-Unis.

HM : Est-ce que c’est votre film favori d’Orson Welles ?

FG : Non, mon film favori de Orson Welles, c’est un film que l’on ne connaît malheureusement que dans une version mutilée, c’est « La Splendeur des Amberson ». J’adore Welles en général, mais je trouve que « Citizen Kane » a tout du manifeste d’une virtuosité parfois un peu gratuite alors que dans « La Splendeur des Amberson », il y a une gravité romanesque, il y a une épaisseur dans le film qui est formidable. Malheureusement le film tel qu’il était a disparu dans le sens où les coupes effectuées (quand Welles était au Mexique en train de tourner « It’s All True ») ont été jetées au panier. Welles parlait tout le temps des Amberson, il y a une anecdote très émouvante dans le livre d’entretien avec Bogdanovich dans lequel l’auteur raconte qu’un jour il était chez Welles avec des amis et le soir il y avait « La Splendeur des Amberson » qui passait à la télévision et Welles dit : «  Je refuse que vous regardiez le film ». Personne ne lui dit rien, et en fait ils regardent le film en pensant que c’est une coquetterie de la part d’Orson Welles. Pendant qu’ils regardent le film, d’un seul coup Welles rentre dans la pièce et regarde l’écran de télévision, il les regarde eux et ressort sans rien dire, et Bogdanovich dit « J’ai vu une telle souffrance sur le visage d’Orson que je me suis rendu compte que ce n’était pas du cinéma, il ressentait encore profondément cette déchirure et j’ai regretté d’avoir fait ça ».

WrongMan

Bernard Hermann – The Wrong Man – Main Title

FG : Je trouve que c’est un piège, parce ce que ce n’est pas vraiment l’atmosphère du Faux Coupable. C’est une musique un peu festive, un peu « passe partout ».

« Le Faux Coupable », c’est un film que j’aime beaucoup. Chabrol m’avait dit : c’est un des rares films dans lequel Alfred Hitchcock ne fait pas le clown dans la bande annonce. Si je me souviens, il dit que il s’appelle Alfred Hitchcock, qu’il est habitué à faire des films de suspense et que cette fois-ci il fait un film de tonalité très différente et c’est une tonalité très simple, il reste au niveau du fait- divers, du quotidien, très documentaire par certains cotés, et surtout, il n’y a aucun effet. Il y a une scène que j’aime énormément, que je trouve très belle et très simple, quand d’un seul coup, il a l’impression que tout s’écroule autour de lui et qu’il se met à prier pour qu’un miracle arrive et qu’ à ce moment là, d’un seul coup, en transparence, on voit arriver le vrai visage du vrai coupable qui peu à peu épouse presque les traits d’Henry Fonda. Il y a une volonté de film réaliste, alors que Hitchcock n’arrête pas de dire dans ses entretiens avec Truffaut que la réalité ne l’intéresse pas, j’adore cette phrase : « Il y a des films qui sont des tranches de vie, les miens sont des tranches de gâteau » et bien justement, pour une fois, au milieu des tranches de gâteaux, il y a une tranche de vie.

TaxiDriver

Bernard Hermann – Taxi Driver – Thanks God For The Rain

FG : C’est dans un film de De Palma ?

HM : Non, c’est Taxi Driver.

FG : Ah oui que suis je bête ! Vous n’avez pas mis le thème le plus connu.

Ça évoque les bouches à incendie de New-York au petit matin, le côté « entre chien et loup », le côté nocturne, le côté décalé, la musique indique bien le côté décalé du personnage, il y a un côté un peu hypnotique, il y a un côté enivrant. On passe beaucoup de temps dans l’esprit de Robert De Niro, et c’est lui qui fait le film d’une certaine façon, la mise en scène s’accroche à ça. Je me souviens de Truffaut qui disait sur « La Loi du Silence », tout ce qui faisait la force du film c’était de voir Montgomery Clift traverser la ville, le film était sur le rythme de cette marche et moi je dirais que « Taxi Driver » c’est sur le rythme de Robert De Niro, son espèce de folie, la façon dont il se regarde dans la glace, la façon dont il se coupe les cheveux, la façon dont il s’habille, dont il ricane, avec la musique on a un peu une impression de rêve et pour moi Taxi Driver, c’est l’histoire d’un mec qui décolle de la réalité.

LeDoulos

Paul Misraki – Essuie-Glace – Le Doulos

FG : ça m’a fait penser à la musique à la fin quand Reggiani avance dans la pluie.

HM. : C’est cette musique là !

FG : Ah ! c’est celle là…

Le Doulos, absolument génial, je trouve que c’est un film formidable car ce que j’admire chez Melville, c’est qu’il ne fait pas de réalisme, il le dit lui même : il crée son propre univers mais parfois quand on crée son propre univers et que l’on veut atteindre directement le mythe, ce qu’on risque de faire c’est une abstraction, quelque chose qui ne nous touche pas, mais lui, ses personnages ont vraiment leur poids de chair et de sang, les grands sentiments qu’il adore, qui sont la trahison et l’amitié sont formidablement traités et puis surtout, il a une façon de dépayser à travers des paysages qu’on connaît bien, comme par exemple dans Le Doulos, la scène où Reggianni enterre les bijoux au pied du bec de gaz, c’est à la fois l’image la plus juste et la plus effrayante de la banlieue et en même temps on a l’impression d’être dans « M Le Maudit » ou dans un film expressionniste, on a l’impression qu’on pourrait être dans un film d’horreur anglais et en fait on est dans un univers Melvilien, il crée le décalage non pas avec les personnages mais avec des légères modifications de décors. Par exemple, dans « Le Doulos », la fameuse scène du commissariat, c’est vrai que les fenêtres sont des fenêtres à guillotine, il n’y a pas de fenêtre à guillotine en France, surtout à l’époque, et en fait, c’est le commissariat de « Chasse au Gang » de André de Toth dans les années 50. Melville, c’est quelqu’un qui s’est nourri de cinéma, qui a des images dans la tête très précises et qui les incorpores dans un univers qu’il fait sien, qu’il s’approprie et qu’il arrive à rendre parfaitement logique.

HM : Melville, c’est quelqu’un que vous avez eu l’occasion de rencontrer ?

FG : Oui, absolument, j’étais venu pour l’interviewer sur le cinéma policier français et ça c’est tellement bien passé qu’on est restés trois heures, il m’a montré le début de « Un Flic » qui était encore dans sa salle de montage à l’époque. C’était quelqu’un qui vous mettait un peu à l’épreuve mais c’est normal finalement, parce que il voyait aussi débarquer des gens qui ne s’étaient pas donné beaucoup de mal pour savoir ce qu’il faisait. Au début, j’étais un peu intimidé, il me reçoit dans son bureau de la rue Jenner avec ses lunettes noires, il est midi mais tous les rideaux sont tirés, il y a une petite lampe,… C’est du pure Mellville et je lui dis : « Je crois comprendre pourquoi vous avez choisi le pseudonyme de Melville », il me dit : « ah bon ? » l’air un peu ironique et je lui réponds : « oui, c’est en hommage à Herman Melville », il me dit : « oui d’accord, mais enfin bon ça tout le monde le sait » et du coup je me suis lancé, et je lui ai dit « parce qu’il y a un livre de Hermann Melville qui me fait penser à vos films » et il me dit : « ah bon, lequel ? », ce à quoi je réponds : « Pierre ou les ambiguïtés » et à ce moment là, il me dit : « Jeune homme, ce roman n’a pas quitté ma table de nuit depuis 30 ans » et il a appelé sa bonne en disant : « Apporter un whisky à ce monsieur » et ça a été formidable.

HM : Il est vraiment devenu une référence internationale

FG : Ce qui est passionnant, c’est qu’il s’est nourrit du cinéma Américain, et aujourd’hui les Chinois et les Japonais se nourrissent de son cinéma et même les Américains commencent à se nourrirent de son cinéma, donc il y a vraiment un aller-retour Hollywood-Paris, Paris-Hollywood.

Vous projetez la séquence du Doulos avec la voiture sous la pluie et vous projetez ensuite la séquence de « La Nuit nous appartient », avec la séquence de l’autoroute sous la pluie, la façon dont la musique est employée, la façon dont les essuies-glaces sont employés, c’est « Le Doulos ».

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James William Guercio – Prelude – Electra Glide In Blue

FG : Je ne suis pas un fan du film. Je trouve que c’est un film de chef-opérateur, c’est tellement préparé , contrairement à Melville – je trouve que c’est un peu figé. Il faut attendre la fin qui est formidable et vraiment forte. On essaye de nous le vendre aujourd’hui comme un des chefs d’œuvre méconnus des années 70, moi je ne suis pas d’accord, pour moi c’est plutôt « Les Flics ne dorment pas la nuit » ou « Dirty Harry ».

HM : Justement, qu’est-ce vous pensez de « Dirty Harry » ?

FG : Je me souviens de Bob Rafelson à Cannes quand il était venu présenter son remake de « Le Facteur Sonne Toujours Deux Fois », on lui avait demander quels étaient les films policiers qu’il aimait et il avait dit : « Les films réactionnaires de Donald Siegel ». Je rapprocherai « Les Flics ne dorment pas la nuit » de « Dirty Harry », parce que les deux films partagent d’une certaine façon un constat qui est que les villes sont devenues de telles mégapoles : la corruption, la drogue, le viol etc.. à un moment donné, ça devient impossible d’être flic normalement dans la cité. Il y a plein de gens qui ont dit de « Dirty Harry » que c’était un film fasciste et en même temps Rolling Stone, la revue américaine très à gauche, a dit que c’était un des films les plus importants des années 70, que c’était le seul film qui posait honnêtement la question de la violence. Pour moi ça ne peut pas être un film fasciste, un film fasciste c’est « Un justicier dans la ville » : le héros flingue tout le monde et tout le monde dit bravo ! La réponse à toutes les critiques sur « Dirty Harry », elle est dans « Magnum Force », quand Eastwood s’adresse à l’escadron : « Je trouve que le système a des faiblesses, je suis le premier à détester le système mais je ne peux pas me joindre à vous ».

Sélection musicale et entretien réalisés par Hugues Marly.

Remerciements : François Guérif, le festival international des littératures policières, Corine Grandclaude, Laurent Vachaud.

Extrait de « Bienvenue à Oakland » de Eric Miles Williamson

Moi je suis pas de ces tapettes qui boivent du vin et mangent des sushis, qui se battent  pour des causes dont il ne savent absolument rien – ils se disent féministes, bon Dieu ! – et portent des pompes de sécurité parce que c’est « branché », alors qu’elles ont jamais vu la couleur du béton ou du bitume brûlant, qui s’achètent des jeans délavés et déchirés ou boivent de la Bud parce que c’est cool, et parce que c’est tout ce qu’ils peuvent se payer. Rien à voir avec ces types dans les cafés, qui se donnent l’air d’avoir quelque chose d’important à écrire dans leurs cahiers, habillés tout en noir parce que ça les rend cool et pas parce que tes fringues de travail Ben Davis, si elles sont noires, c’est parce que les taches, sur le noir, ça se voit pas. 

Ce livre ne raconte pas comment j’ai surmonté l’adversité ou lutté contre mon environnement, parce que j’aime et que j’ai toujours aimé mon milieu – sauf la fois où j’ai fais le snob en épousant une fille des quartiers résidentiels. Ce livre parle des gens qui travaillent pour gagner leur vie, les gens qui se salissent et ne seront jamais propres, les gens qui se lavent les mains à la térébenthine, au solvant, ou à l’eau de Javel  et se récurent tellement souvent la peau avec des produits chimiques qu’elle se dessèche et brille comme du cuir tanné – quand ils pèlent comme un serpent qui mue, en dessous, il reste encore de la graisse, de l’huile, et de la crasse, imprégnées jusqu’à l’os. Pour toi, ce sont des personnages, pour moi, c’est la famille, c’est ceux avec qui j’ai grandi. C’est mon père qui a retapé des pneus de camions jusqu’à en crever; c’est mon frère, qui s’est fait tuer par un gang mexicain dans les rues d’Oakland ; c’est mon autre frère, mort, éclaté sur un lampadaire après une nuit de biture ; c’est les types avec qui je bossais sur les chantiers, morts par douzaines dans des accidents débiles dont il n’étaient pas responsables ; c’est les Hell’s Angels, qui m’ont élevé et m’ont fait une fiesta d’enfer à Oakland dans le bar-restau de chez Dick, après la parution de la première partie de cette histoire, avec un videur devant la porte pour empêcher les non-fumeurs d’entrer – ce jour-là, les mecs m’ont raconté des détails sordides que j’avais oubliés ou dont  je n’avais jamais entendu parler, ou alors que j’avais négligé de coucher noir sur blanc de peur qu’ils ne s’en trouvent pas flattés, alors qu’en fait, si, ils l’auraient été.

Remember Marvin Gaye > 2002

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Ce film de Richard Olivier dont la majeure partie a était tourné à Ostende en Belgique entre 1981 et 1982 est un portrait riche et émouvant de cet artiste soul aussi talentueux que tourmenté.

Nina Simone # Ain’t Got No/I Got Life

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Nina Simone est née il y a 80 ans aujourd’hui, cette pianiste et chanteuse au talent unique a était viscéralement engagée dans la cause des noirs américains à travers toute sa carrière.

Les images ci-dessous ont étaient enregistrées durant le Harlem Cultural Festival de l’été 1969, festival que l’on surnomme le « Black Woodstock ».

Ali Farka Touré # Amandrai > Live 2005

Ali Farka Touré – 1939-2006 – musicien-chanteur-griot-« blues-man » Malien.

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