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Catégorie: Chroniques Musicales

Dr John, The Night Tripper «Gris-Gris» ATCO 1968 > Chronique

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Avant de devenir un personnage à part entière de la musique sudiste, Dr John a joué de sa guitare sur des enregistrements de Professor Longhair, Art Neville ou Joe Tex.

Son premier album , « Gris Gris », n’est pas celui d’un simple musicien de studio, et il est difficile de classer le disque dans un genre bien défini.

A l’image de la Nouvelle-Orléans, l’ensemble regorge de différents parfums : rhythm’n’blues, jazz et racines créoles.

À la voix envoûtante de Dr John et ses chœurs séduisants, s’ajoutent tantôt percussions, mandoline, flûte, clarinette, saxophone.

Mise en scène de cérémonie Vaudou aux ambiances décontractés, le premier solo de Dr John réussi une savoureuse alchimie.

Le titre «Mama Roux» rappelle certaines des compositions les plus entraînantes de Allen Toussaint, et sur «Jump Sturdy», le style de Cab Calloway rode dans le saloon du docteur.

Ces musiques moites nous interpellent, elles semblent parvenir d’un ovni survolant le fleuve Mississippi, aux commandes de l’engin : Malcom John Rebennack dit Dr John The Night Tripper …

 

Hugues Marly.

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Allen Toussaint « Saint Of New-Orleans : Classic Recordings Written & Produced by The Crescent City Legend » > Chronique

Allen Toussaint compare Professor Longhair à Bach, il a sans aucun doute su s’inspirer du talent du pianiste Néo-Orléanais, avant de devenir lui même un artiste incontournable de la Nola.

Toussaint : pianiste de studio, compositeur, arrangeur, producteur a eu un parcours riche.

Jeune adolescent, il jouera dans un groupe aux cotés du guitariste de blues Snooks Eaglin, et avant même d’entamer son service militaire, certaines de ses compositions seront reprises par des musiciens de Jazz à succès.

La compilation ici présente réunit les meilleurs travaux du monsieur sur une période plus ou moins restreinte mais pour le moins florissante.

Le contenu regroupe essentiellement des titres écrits et produits par Toussaint dans la deuxième moitié des années 60, dispersés sur quelques labels.

Ainsi on retrouve dans la sélection l’incontournable instrumental «Get out my life woman» de 1968 avec sa rythmique down-tempo et ses cuivres solides parfumés d’une guitare latine.

Mais d’autres merveilles sont au rendez-vous, comme la superbe ballade mélancolique « Can’t last much longer » de Betty Harris aux arrangements tout simplement délicieux, également le tubesque et jouissif « Here comes the girls » de Ernie K-Doe.

D’autres titres comme le hit « Tequila » ou le chaleureux « You can give but you can’t take » interprété par Arron Neville sont présents sur le disque.

L’ensemble proposé ici montre que Toussaint absorbe le feeling propre à la musique de son environnement et continue de l’entretenir, ainsi son style fastueux et décontracté est aussi celui de la Nouvelle-Orléans.

Une version réduite de cette  chronique est parue dans le N° 11 du fanzine Trip Tips, dispo chez Gibert Musique Toulouse, Total Heaven (Bordeaux), Ground Zero (Paris).

Guest Villains > Tornado > 45t Surf Rock

Le label finlandais Timmion n’est autre que la marque qui a révélée la formation Nicole Willis & The Soul Investigators, soul contemporaine scintillante aux accents de tubes Motown.

C’était en 2007.

Également, plus récemment le label a fait rêver les passionnés de soul grandiose avec le dancefloor killer  « Cold Game » de Myron & E with Soul Investigators.

Début 2011, Timmion élargie sa palette sonore avec un 45t / 2 titres de surf music par le groupe Guest Villains.

Un morceau vitaminé sur une face et sur l’autre un titre nébuleux et décontracté, des musiques instrumentales aux grooves crapuleux avec un son organique, imparfait, donnant toujours plus de saveur à ce genre d’ambiance.

Captain Beefheart & His Magic Band « Safe As Milk » > Chronique

Captain Beefheart & His Magic Band «Safe As Milk» + 1968 +  Buddah Records / RCA / BMG

Captain Beefheart ou Don Vliet, de son vrai nom est né un jour de Janvier 1941 dans la ville de Glendale en Californie.

Dans son adolescence, à la faculté de Lancaster, il rencontre Frank Zappa, alors musicien de rhythm’n’blues.

Passionné de blues mais sans instruction musicale Don Vliet, collabore avec Zappa à travers des groupes locaux sans réels carrières.

Puis après une série de projets sans lendemain entre les deux musiciens (désormais installés dans la ville de Cucamonga) Don revient à Lancaster, et au début de l’année 1965 , celui-ci est contacté par un guitariste local, Alex Snouffer pour lui proposer de former un groupe, ce à quoi vient s’ajouter un second guitariste, un bassiste, et un batteur pour former Captain Beefheart & His Magic Band.

Après un rapide passage chez A&M, le temps d’un 45t, le groupe change de batteur et direction Los Angeles, il signe avec le label Buddah, et sort son premier album «Safe As Milk» en 1968.

Durant les sessions d’enregistrements du disque, pas toujours harmonieuses, c’est Ry Cooder en directeur artistique improvisé qui servira de médiateur entre le Captain et le reste du groupe.

On retrouve aussi Taj Mahal, aux percussions ici et là.

L’énergie excentrique d’un Howlin Wolf ou la rythmique efficace et sophistiqué d’un Bo Diddley, par moments nuancé d’une attitude plus décontracté et la dissonance du free-jazz dans les digressions les plus touffus, c’est là la richesse de cette album.

Celle qui fait ses qualités, mais aussi parfois ses défauts.

Malgré l’aspect inégale ou déroutant du résultat, impossible de résister au nonchalant et parfumé «Where There’s Woman», à la ballade soul doo-wop «I’m Glad» ou à la reprise de «Grown So Ugly» du blues-man Robert Pete Williams.

Plus de 40ans après la sortie de «Safe As Milk», Don Vliet n’est plus mais la musique qu’il a participé à crée continue d’interpeler les mélomanes les plus curieux.

Chronique publiée dans le N°9 du fanzine Trip-Tips, disponible chez Gibert Joseph Musique à Paris VI, Total Heaven à Bordeaux, également sur Toulouse chez les disquaires suivants  : Le Laboratoire, Armadillo, Vicious Circle ou Gibert Joseph Musique.


The Nonce & Kankick

Ted Hughes a.k.a Kankick est un producteur du sud de la Californie à la discographie un peu bordélique mais tout de même cohérente.

Sa signature sonore possède son propre parfum mais s’inscrit dans la continuité des productions organiques du rap 90’s, ses interludes « jazzy » sont des formats sur lesquels il excelle.

Ses influences vont du dub des années 70 au jazz et à la bossa « soulful », le choix des samples navigue même au delà avec de la musique du monde, entre autres.

Kankick est également un vieux pote de Otis Jackson Jr. a.k.a  Madlib et de son frère Michael a.k.a Oh No.

Il y a un peu plus d’un an le webzine Hip Hop Core mettait à disposition sur le site un mix exclusivement consacré à Kankick, concocté par Corrado, un des deux dj de l’émission Conçu Pour Durer sur CampusFm Toulouse.

Une sélection finement cuisinée et un mix fluide pour une thématique musicale qui colle parfaitement à la moiteur de l’été.

Pour télécharger le mix, c’est ici.

Artwork : GrafikId

Le 14 Juin dernier, Bachir, un des rédacteurs de ce même webzine publié le mix-cd « The Nonce : The Only Mix-Tape« .

The Nonce, groupe de rap Los Angeles est une référence de ce hip-hop organique au flow smooth et à l’esthétique jazz, leur classique « Mix-Tapes » au milieu des 90’s aura marqué les b-boys les plus érudits et ce jusqu’à aujourd’hui.

Là aussi, la sélection est aux petits oignons, le mix coule, les cuts apportent une dynamique discrète mais efficace et la musique de The Nonce finit par embaumer les nuits estivales.

Pour vous procurez l’objet, ça se passe sur ce site ou chez tous les bons disquaires.

Artwork : Tcho / Antidote

Little Ann « Deep Shadows » Lp # Chronique

« Vous tenez dans vos mains un disque qui n’a jamais été écouté à l’époque où il a était enregistré  »  annonce les premières notes de pochette de ce qui était resté pendant plus de 40ans « le possible album de Little Ann » produit et orchestré par Dave Hamilton, acteur important mais trop méconnu de la soul et du funk « made in Motor City ».

Bien que le label anglais Ace ait édité au cours des années 90 des titres présents sur la galette, l’album n’avais jamais vu le jour en tant que tel.

La sortie de ce Lp (en édition vinyle et limitée) est donc une redécouverte digne de ce nom pour la chanteuse de Detroit.

Joli brin de soul soyeuse parfumée de cuivres fiévreux, l’ensemble est traversé de rhythm’n’blues chaloupé, northern soul up-tempo ou encore ballade crépusculaire pour le superbe titre éponyme.

Enfin même si le son aurait mérité une nouvelle jeunesse, c’est aussi ce grain poussiéreux qui participe au charme de ce trésor retrouvé.

– Hugues Marly

 

Publié dans le N°198 du magazine Soul Bag